Écrire commence souvent par un geste intime. Des carnets remplis de pensées, des nouvelles esquissées pour soi, des fragments que l’on garde précieusement sans jamais les montrer. Écrire pour soi, c’est une manière de se comprendre, de mettre de l’ordre dans ses idées, de donner une forme aux émotions ou aux souvenirs. C’est une écriture qui ne cherche pas de lecteur, mais qui existe pour le plaisir de tracer des mots, pour la liberté de dire sans contrainte.

Mais vient un moment où l’on se demande ce que ces textes pourraient apporter aux autres. Partager une nouvelle, publier un ouvrage didactique, proposer une réflexion… Écrire pour les autres, c’est transformer une démarche personnelle en un dialogue. Les mots ne sont plus seulement un miroir, ils deviennent une passerelle. Ils doivent être clairs, accessibles, construits pour que chacun puisse y trouver une idée, une émotion, une clé de lecture.

Écrire pour soi et écrire pour les autres ne s’opposent pas : ils se complètent. L’écriture intime nourrit la sincérité, elle permet d’explorer sans filtre. L’écriture destinée à un lecteur, elle, demande une autre exigence : penser à la structure, au rythme, à la manière dont le texte sera reçu. C’est un équilibre délicat, mais essentiel : rester fidèle à sa voix tout en ouvrant la porte à ceux qui la liront.

Dans mes projets, je retrouve souvent cette double dimension. Une idée née d’une réflexion personnelle peut devenir un livre didactique, construit pour expliquer un sujet historique ou pratique. Une anecdote notée pour moi-même peut se transformer en chapitre, en exemple, en point de départ pour un ouvrage. L’écriture est un va-et-vient constant entre l’intime et le partage, entre le besoin de dire et l’envie de transmettre.

Écrire pour soi, c’est se donner la liberté. Écrire pour les autres, c’est se donner la responsabilité. Et c’est dans cette tension que naissent les textes les plus vivants : ceux qui gardent la sincérité de l’écriture personnelle, mais qui trouvent aussi leur place dans le regard du lecteur.

Écrire pour soi et écrire pour les autres, c’est poursuivre le même chemin. L’un commence dans le silence, l’autre s’épanouit dans l’échange. Ensemble, ils donnent à l’écriture sa profondeur, sa richesse et son sens.